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TRAGEDIES DE LA MIGRATION : DECLARATION DU RESEAU INTERNATIONAL ENDA T-M

publié le 23 avr. 2015 à 03:44 par Fall Papa Oumar   [ mis à jour : 23 avr. 2015 à 03:48 ]

Le bilan macabre de 4000 migrants qui ont péri en mer Méditerranée en 2014 vient d’être alourdi cette semaine par la disparition dans les mêmes conditions de plus de 1000 migrants tentés par l’aventure. Plus de 40 000 migrants – en majorité des sans-papiers, y compris des demandeurs d'asile – ont ainsi péri depuis 2000 à travers le monde.

 

Le silence assourdissant des autorités de l’Union Africaine face à ce drame témoigne de l’inertie de nos États et leur incapacité à prendre les mesures qui s’imposent pour arrêter cette hécatombe ; et de la CEDEAO, nous attendrions plus qu’un simple appel à la communauté internationale. Si l’on n’y prend garde, ce fléau risque de décimer une jeunesse africaine en perte de repères et d’espoir de s’épanouir dans un continent toujours en proie à une instabilité chronique, à des inégalités grandissantes et à l’accaparement des ressources.

 

La passivité des gouvernements africains depuis les années 2005 et 2006 face aux tragédies de la migration en mer et dans le désert du Sahara, témoignent de leur impuissance et de leur culpabilité.

 

Non contents d’avoir signé des accords de réadmission qui cachent mal l’option répressive de plusieurs États européens dans la gestion des migrations, les pays africains semblent faire le jeu d’investisseurs étrangers sans scrupule, prédateurs des ressources minières et accapareurs des terres du continent, mettant en péril la vie de milliers de jeunes et de femmes sans perspectives, qui empruntent les routes migratoires au prix de leur vie. De même, les accords de libre-échange, ainsi que les accords de pêche, tels qu’ils sont actuellement définis, constituent en eux-mêmes des sources d'appauvrissement et de blocage des perspectives pour les jeunes.

 

Si l’Europe a fait ses choix avec une approche sécuritaire dans la gestion des migrations, l’Afrique quant à elle, semble, en dépit de l’existence d’institutions régionales et continentales, incapable de régler les défis économiques et les conflits sources de migration.

 

Pire, au moment où les migrants africains sont indésirables en Europe et victimes de sévères politiques de contrôle des frontières, certains pays du continent font preuve de réflexes identitaires et d’intolérance envers leurs frères africains accusés de tous les maux. Le Gabon dans le passé, l’Angola récemment et l’Afrique du Sud aujourd'hui ont été le théâtre d’évènements marqués par une xénophobie violente et le déni de solidarité africaine. Les droits du migrant et sa dignité sont bafoués sans recours et des milliers de jeunes à la fleur de l’âge se trouvent pris au piège entre l’insécurité, les trafics en tout genre et les conflits politico religieux.

 

Ce drame est un CRIME CONTRE L’HUMANITE parmi les plus abjects de l’histoire.

Face à ce péril qui interpelle les pays africains et la communauté internationale, le Réseau Enda Tiers monde :

• A une pensée pieuse pour les victimes et leurs familles et

• Réaffirme son engagement pour « un monde solidaire et en paix, respectueux des droits et de la dignité humaine, de la justice sociale et de la diversité culturelle, où les différentes ressources sont réparties équitablement et gérées dans l’intérêt des générations actuelles et futures » ;

• Dénonce le silence coupable des dirigeants africains, appelés à faire face à leurs responsabilités ;

• Appelle la CEDEAO à convoquer immédiatement une rencontre de haut niveau pour prendre les mesures idoines sur cette question ;

• Condamne les actes xénophobes en Afrique du Sud ;

• Condamne avec véhémence le non respect du droit à la mobilité consacré par l’article 13 de la Déclaration des Droits de l’Homme ;

• Exige la ratification de la Convention de l’ONU sur les droits des travailleurs migrants et de leurs familles ;

• Propose la mise en place au plan international d'un dispositif policier et législatif pour traquer et punir sévèrement les intermédiaires, passeurs et autres propriétaires des embarcations, pour un effet dissuasif sur ces « nouveaux esclavagistes » ;

• Souhaite la mobilisation des sociétés civiles du nord et du sud pour la recherche de solutions alternatives aux politiques attentatoires à la dignité humaine ;

• Appelle les dirigeants africains à faire de la lutte contre le chômage et l’insécurité des jeunes une sur-priorité locale, nationale et continentale ;

• Recommande à l’Union Africaine et aux institutions régionales l’adoption de lois et règlements nationaux et supranationaux contraignants interdisant la stigmatisation des migrants et leur exposition à la répression policière et la vindicte populaire ;

• Exige une action urgente et concertée d’ouverture maitrisée des frontières pour freiner la prise de risque insensée et les tentatives suicidaires de migration ;

• Appelle à un nouvel ordre international marqué la solidarité et le partage équitable des ressources de la planète et du développement, seule alternative susceptible de limiter les conflits et d’amoindrir les iniquités qui sont sources de ces formes inhumaines de migration.

 

Fait à Dakar le 22 avril 2015

 

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