5 | Dr Hady Moulkairy Bousso Tall

Kii Kanla? Lumu nu indaaleel? n° 5
Invité  Dr Massaba Gueye
28.12.13

Dr Hady Moulkairy Bousso Tall

Spécialiste en Littérature africaine
moderne et en Sciences du Langage


1. Hady Moulkairy Bousso Tall Quel est l'avenir du théâtre africain?

Massamba Gueye S’il s’agit du théâtre africain en tant que genre littéraire son avenir dépendra forcément de la qualité du théâtre scénique. Ce dernier est en crise car les espaces de diffusion se rétrécissent de plus en plus sans compter que les subventions viennent le plus souvent des pays européens qui en commanditent la démarche. Le grand problème vient aussi du fait que les Africains ont la culture du spectacle mais pas celui du théâtre dans sa forme occidentale. Je dois cependant relever que des efforts se font car les compagnies de théâtre se renouvellent dans le fond et la forme. L’Afrique regorge de jeunes comédiens et metteurs en scène talentueux et passionnés de leur art. Si les Etats africains décident d’en faire une priorité, le théâtre africain aura un avenir radieux.

2. Hady Moulkairy Bousso Tall  Aujourd'hui, le théâtre semble être laissé aux  non-professionnels et privilégie l'aspect ludique. Comment réussir à intéresser le public aux pièces engagées telles que celles de Sony Labou Tansi, Aimé Cesaire?

Massamba Gueye Pour faire revenir les classiques au goût du jour, il va falloir les monter dans les langues nationales pour atteindre le plus grand nombre de publics sans pour autant oublier de les créer dans les langues d’enseignement en direction des écoles. Le théâtre non professionnel utilise le canal de la télévision indispensable à la valorisation du théâtre professionnelle. C’est comme cela qu’à mon humble avis on intéressera les spectateurs.

3. Hady Moulkairy Bousso Tall Nous voyons de grands acteurs finir dans l'indigence la plus totale. Est-il possible de mieux les encadrer durant leur carrière afin de sécuriser leur retraite et de mieux les soigner en cas de nécessité?

Massamba Gueye La solution est de valoriser les droits d’auteur, de mettre sur pied la licence de spectacle et le statut des artistes pour leur permettre de bénéficier d’allocations comme pour les intermittents du spectacle en France. L’autre chose est de faire en sorte que la gestion de la carrière des artistes soit confiée à de vrais professionnels capables de planifier une vie professionnelle sur le long terme.

4. Hady Moulkairy Bousso Tall Pensez vous que la faillite du système éducatif sénégalais puisse être endiguée par une meilleure implication de l'Etat?

Massamba Gueye Je n’ose pas parler de « faillite » mais il y a une terrible crise du système éducatif du fait de nombreuses causes. L’Etat doit repenser le système dans sa globalité et nous trouver une école qui nous parle. Les enseignants n’ont plus tous les mêmes motivations que ceux d’antan mais cette situation critique peut être redressée par une implication plus grande des familles dans la gestion de l’espace scolaire.

5. Hady Moulkairy Bousso Tall La crise axiologique qui secoue le pays semble avoir généré un type de citoyen assez cynique par rapport aux institutions traditionnelles. Un retour aux fondamentaux est il la solution?

Massamba Gueye Vous évoquez un réel problème ! A mon humble avis, l’école occidentale a fini de nous séparer de nos valeurs traditionnelles : nous nous marions souvent à l’occidentale, nous nous habillons à l’occidentale, nous construisons nos maisons à l’occidentale ainsi de suite. Un recours aux valeurs est plus logique qu’un retour à celles celui. Il faudrait qu’on reprenne certains éléments fondateurs de ces valeurs pour forger de nouveaux citoyens aptes à vivre conformément à la modernité tout en gardant leur équilibre. Nous sommes en général de vrais névrosés culturels.

6. Hady Moulkairy Bousso Tall Pour finir, beaucoup reprochent aux diplômés leur exil. Ne vous semble t il pas plus approprié que l'Etat instaure un environnement de travail favorable et incitatif au retour?

Massamba Gueye Certainement. Nous avons la même perception de la question car la fuite des cerveaux peut souvent être la conséquence de l’environnement du travail. Nos états doivent rassurer un peu plus les diplômés en mettant en place un système assez proche de celui de la Suisse pour plus de cohérence entre les besoins et les profils de formation.  Beaucoup de diplômés n’osent pas rentrer en Afrique car se disant que s’ils ne font pas de politique ils n’auront pas de poste conformes à leur qualification. Un peu plus de démocratie dans le recrutement ne ferait pas de mal !

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